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Maxther

Syndrome de Kessler, syndrome psychologique ?

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Mercredi dernier, le 29 Janvier, deux satellites se sont croisés à quelques dizaines de mètres de distance à peine, ce qui a réveillé une fois de plus l'opinion publique sur le thème de la pollution spatiale.


 

Le syndrome de Kessler, comme on l'appelle, se réfère à l'éventualité future d'une zone orbitale devenue surchargée par les débris et les satellites, à tel point que les collisions seraient bien trop fréquentes pour avoir une utilisation correcte des satellites. Cette problématique, imaginée initialement par Donald Kessler en 1978, alors consultant à la NASA, est notamment abordée dans le film Gravity.

 

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La station spatiale internationale démolie par un violent impact
de débris dans le film Gravity de Alfonso Cuarón (2013)

Aujourd'hui on compte à peu près 2000 satellites en orbite autour de la Terre, depuis Vanguard 1, lancé en 1958, qui demeure le plus vieux satellite encore en orbite à ce jour. Ce nombre est croissant depuis le début de l'exploration spatiale, et ne fait qu’accélérer avec la commercialisation de l'espace (satellites de télécommunications entre autres) et sa démocratisation (l'accès à l'espace est désormais maîtrisé par de nombreux pays émergents). Dernièrement, le sujet est revenu en force sur la table avec les projets de méga-constellations de satellites comme Starlink ou encore OneWeb.

On distingue deux problématiques principales dans la vision du grand public : le risque de collision d'une part, et le simple fait de polluer d'autre part.

 

L'éthique et la pollution

Dans l'opinion publique, "polluer est mal". Ceci n'est pas particulier à l'espace cependant ; en effet, à l'époque de l'urgence climatique la pollution représente une bête à abattre. Pour rappel, l'urgence climatique, ce sont les gaz à effet de serre qui provoquent le réchauffement global, pas le plastique ou autre déchet. Jeter un plastique dans la nature, ce n'est pas ça qui est entrain de causer la 6ème extinction de masse ; évidemment cela n'a aucunement vocation à cautionner la pollution plastique, bien au contraire, mais de rappeler que la pollution est un problème purement éthique : "on laisse un endroit dans l'état dans lequel on l'a trouvé".

Si la pollution sur Terre a évidemment des conséquences (micro-plastiques, etc...) dans l'espace elle n'en a pas, le seul impact d'un débris est le risque de collision avec celui-ci. Il est alors important de rappeler que la pollution dans l'espace et sur les autres planètes (les débris d’atterrisseurs sur Mars ou les sacs de déchet sur la Lune) ne sont en aucun cas comparables avec la pollution Terrestre, en termes de quantité comme en termes de conséquences.

De plus dans l'espace, la pollution est inévitable. Si sur Terre on peut créer des matériaux organiques et biodégradables, c'est impossible dans l'espace. Pour comprendre cela il faut bien saisir que ce sont des micros organismes (les décomposeurs) qui dégradent ces déchets et réinsèrent leurs éléments dans les cycles de la biodiversité (le compost par exemple qui sert de nutriments aux plantes et ainsi de suite). Dans l'espace, sur la Lune et autres planètes, en l'absence de forme de vie c'est radicalement différent. Sur la Lune, une montagne de déchets alimentaires ne fera jamais du compost ; et n'importe quel déchet, aussi naturel soit-il, sera aussi peu dégradable qu'une bouteille en plastique.


On comprends alors que le problème, qui est important néanmoins, c'est l'éthique. Cependant aucune solution ne se présente ; ramener les débris et déchets sur Terre ? Déjà qu'il est très difficile de ramener des échantillons scientifiques de la Lune (et impossible à l'heure actuelle depuis Mars), cela veut dire donc qu'on rajoute encore plus de déchets non-recyclables sur Terre.

Enfin pour conclure ce paragraphe il faut bien visualiser que si l'on a un 6ème continent de plastique sur terre, les déchets et débris humains sur la Lune et Mars se chiffrent en quelques dizaines de kilos, et ceci à l'échelle d'une planète entièrement vierge de toute présence humaine.

 

Dans l'opinion publique cela reflète ce qu'on pourrait presque appeler une psychose. On a été tellement traumatisé par la pollution terrestre qu'on ne supporte plus le moindre déchet. On peut comparer cela à quelqu'un qui aurait été traumatisé par un tour de voltige en avion, et qui aurait désormais peur de monter sur un petit muret.

 

Pollution orbitale et collision

On a vu que la pollution extra-terrestre n'était pas du tout comparable à la pollution terrestre, surtout en terme de quantité. C'est la même chose pour la pollution orbitale, et pour cela il est bon d'établir quelques chiffres.

On l'a rappelé en début d'article, on compte aujourd'hui à peu près 2000 satellites au total, dont 1500 en orbite basse, la zone la plus dense du domaine orbital (et donc avec le plus haut risque de collision). Les débris quand à eux se chiffrent en dizaines de milliers (26000 catalogués selon le CNES), ils résultent pour la plupart d'explosion de satellites ou de fusées.

Ces chiffres peuvent paraître énormes, effectivement, cependant il faut les ramener à un domaine gigantesque : tout ce monde est répartit sur plusieurs centaines voir milliers et dizaines de milliers de kilomètres en altitude, et sur une surface forcément plus grande que la surface de la Terre. De ce fait, chaque objet en orbite est au moins séparé de l'objet le plus proche par plusieurs dizaines ou centaines de kilomètres. 

De cela on en tire une probabilité très faible de collision (5%, estimation haute, selon le CNES). La toute première collision de l'histoire s'est produite en 1996 entre un satellite français (Satellite Cerise) et un débris d'une ancienne Ariane 1 de 1986. On a compté depuis lors moins d'une dizaine de collisions. Selon un rapport de la NASA en 2009 (disponible ici), on comptabilisait alors seulement 4 collisions sur des satellites depuis 1996 (depuis on n'a pas dépassé la dizaine). Dans ce chiffre est compté la collision de 2009 entre le satellite américain Iridium 33 lancé en 1997 et le satellite militaire russe Kosmos 2251 lancé en 1993, collision qui reste la seule entre deux satellites à ce jour.

 

Les risques de collisions sont fréquents (avec une incertitude de plusieurs dizaines de kilomètres en général). Pour ne prendre aucun risque, ces éventualités (très rares) sont très bien anticipées et les satellites présentant un risque sont déviés (si c'est possible) le temps d'esquiver avec assurance l'autre satellite impliqué.

 

Visibilité médiatique et opinion publique

Si l'opinion publique est active sur cette problématique, c'est évidemment parce que le sujet est très présent dans les médias (comme les astéroïdes, à tort), et ceci est normal à l'heure ou les agences spatiales comme l'ESA commencent à travailler sur des projets de nettoyage des débris spatiaux.

Cependant, il faut bien replacer cela dans le contexte : on peut voir des gens dire sur les réseaux sociaux des choses comme "il est grand temps de nettoyer l'espace !" ; il n'en est rien. Il n'y a aucune urgence à l'heure actuelle de nettoyer l'espace de ses débris, et ceci est encore moins comparable à l'urgence présente sur Terre. Si des projets de nettoyage commencent à voir le jour, et si la communication sur le syndrome de Kessler est très active, c'est justement que les agences spatiales ont très bien anticipé le problème (depuis 1978 rappelez-vous). La volonté est de ne pas attendre qu'il y ait urgence justement (erreur qu'on a fait par exemple avec la pollution terrestre).

 

La chose a retenir est donc ne de pas paniquer, l'association entre la pollution spatiale et terrestre est tentante, mais demeure un biais. On a beau utiliser le même mot pour désigner les phénomènes, ce n'est pas comparable, en tout point. L'erreur qui est faite c'est que le sujet est présenté sans remise en contexte : on est à l'heure actuelle dans un contexte de prévention, et non d'urgence.

 

 

 

 

 


POUR EN SAVOIR PLUS :

Ceux qui veulent aller plus loin peuvent aller voir les ressources suivantes :

Un thread Twitter parlant de la pollution spatiale : 

1222805373964427264.jpg
TINYURL.COM

Thread by @astrono_mots: Quand on parle de #débrisspatiaux, on tombe presque inévitablement dans deux biais cognitifs, à cause notamment de cmages. Premier biais cognitif : L'impression (fausse) de voir un...

 

La vidéo de Florence Porcel : 

maxresdefault.jpg
TINYURL.COM

Florence va vous parler de ce qui nous tourne littéralement autour en permanence: les débris spatiaux ! Cliquez-ici pour vous abonner : http://bit.ly/substri...

 

Une autre analyse de la NASA de 2015 https://tinyurl.com/tkr96wj

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